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La tripolitaine


Sur tout le pourtour de la Méditerranée, l’Islam, lentement, recule devant l’offensive des peuples chrétiens ; il refait, pas à pas, en sens inverse, la route que les Arabes, au temps des premiers khalifes, ont franchie d’un seul élan, dans l’ivresse de leur foi, au galop frénétique de leurs chevaux. C’est, depuis un siècle, le fait qui domine l’histoire de la grande Mer intérieure. L’Algérie et la Tunisie devenues françaises, l’Egypte occupée par les Anglais, seuls, sur la côte africaine, le Maroc et la Tripolitaine restent encore les citadelles inviolées de l’Islamisme. Sommes-nous à la veille de voir surgir une « question tripolitaine, » comme il y a une « question marocaine ? » Pressée de trouver, dans le monde africain déjà partagé, une terre de colonisation et d’expansion économique, l’Italie a jeté les yeux sur ces côtes, où les deux Syrtes creusent, en face de l’Adriatique, leur double sinuosité ; elle les a, pour ainsi dire, marquées pour être, lors d’une dislocation, toujours possible quoique toujours reculée, de l’empire ottoman, sa part d’héritage. Si médiocre que puisse être la valeur économique intrinsèque et l’importance politique de la Tripolitaine, le maintien, dans la Méditerranée, de l’équilibre actuel des forces, en dépend en quelque mesure, et rien de ce qui se passe dans ce bassin, où tant d’intérêts et d’ambitions s’entre-croisent, ne saurait nous laisser indifférens. D’autre part, la Tripolitaine, si elle est méditerranéenne par ses côtes, est aussi saharienne, et même, par les routes qui en partent, presque soudanaise, et, par là encore, elle confine à notre empire colonial. — Ce qu’est la Tripolitaine, ce qu’elle vaut par