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festivités religieuses et populaires, une autre nouvelle se répandait à travers toute la Flandre, comme prend feu une traînée de poudre, et parvenait presque en même temps au camp français et à Versailles. Le prince Eugène était arrivé devant Lille, et en avait commencé l’investissement.


III

Le prince Eugène avait en effet mis à profit le temps que lui laissaient le Duc de Bourgogne et Vendôme. Il avait rassemblé à Bruxelles 80 canons de gros calibre, 20 mortiers, 3 000 chariots de munitions et 10 000 chevaux. Le convoi mis en marche devait former une colonne qui aurait 69 000 pas de longueur, et dont le défilé exigeait 14 heures. Pour en assurer la route, le prince Eugène ne disposait que de 53 bataillons et 102 escadrons [1], et il risquait, durant le long trajet de trente-cinq lieues qui séparait Bruxelles de Lille, d’être attaqué de flanc d’un côté par Berwick, de l’autre par Vendôme. Ce danger ne l’arrêta pas dans son audacieux dessein. Le 5 août, il fit sortir le convoi de Bruxelles par la chaussée qui va vers Mons, de façon à tromper l’ennemi sur sa direction véritable ; mais arrivée Soignies, il le faisait tourner brusquement à droite, et par des chemins que, quelques jours auparavant, dans une dépêche au Roi [2], Vendôme déclarait absolument impraticables à cause des pluies, il l’amenait jusqu’au bord de l’Escaut, c’est-à-dire à mi-chemin de Lille. Marlborough venait au-devant de lui, avec un détachement de son année, et le convoi, flanqué de droite et de gauche par des forces considérables, pouvait jeter trois ponts sur l’Escaut qu’il franchissait tranquillement et arriver le 12 devant Lille, « sans avoir, écrivait le prince Eugène dans un rapport à l’Empereur, rencontré le moindre obstacle de la part de l’ennemi, bien qu’il y eût lieu de craindre que la chose ne se passât pas avec autant de facilité [3]. » En effet ni Berwick, qui n’avait cessé de signaler jour par jour les étapes du convoi n’avait pu opposer à sa marche des forces suffisantes, ni Vendôme n’avait tenté le moindre effort pour se concerter avec lui, en vue d’une attaque simultanée. Averti du départ du convoi, Vendôme s’était obstiné

  1. Sautai, ouv. cit., p. 9.
  2. Dépôt de la Guerre, 2082. Vendôme au Roi, 6 août 1708.
  3. Campagne del principe Eugenio, vol. X, suppl., p. 181.