Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 14.djvu/562

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clairsemée d’ailleurs et ignorante, ne lui fournissait pas suffisamment d’hommes pour ses équipages. Les officiers lui manquaient encore plus que les matelots. Si, par hasard, quelque gentilhomme du Brandebourg se mettait en tête de naviguer, il devait prendre du service chez les voisins et faire son éducation de marin et de combattant soit en Hollande, soit en Angleterre. Force était donc de se résoudre, pour constituer une flotte, à acheter ou à louer des vaisseaux à des armateurs ; à faire appel à des mercenaires pour les armer et les commander. C’est à ces expédiens que fut réduit Frédéric-Guillaume, et ce sont précisément ces expédiens qui, avant même sa mort, causèrent la disparition ou, pour mieux dire, l’évanouissement de la puissance navale à laquelle il avait, envers et contre tous, réussi à donner la vie.

Ce fut un armateur de Hambourg, nommé Baul, qui s’associa à l’Electeur et consentit à lui louer une escadre entière, officiers, équipages et bateaux. Les vaisseaux marchands de cette époque se transformaient facilement en vaisseaux de guerre : il suffisait de mettre des canons à bord. Un Hollandais, capitaine ou amiral, Tromp, en obtint le commandement. Plus tard, on y vit figurer un Allemand, Adler ; mais cet Allemand, qui, pendant toute sa jeunesse, avait servi à l’étranger, paraît isolé. L’escadre, que le Grand Electeur finit d’ailleurs par acheter et prendre à son compte, joua pendant la guerre un rôle honorable. On la voit, successivement, coulant une corvette suédoise à la bataille de Bornholm ; croisant devant les ports français et faisant la course dans la Manche ; livrant un combat sanglant à une escadre espagnole et s’aventurant jusque sur les côtes d’Afrique. Mais ses succès devaient être passagers et sans résultat pratique. Sa gloire s’en est allée en fumée.

Comme devait le faire plus tard M. De Bismarck, le Grand Electeur avait cherché une issue vers la mer du Nord, aussi bien dans l’intérêt de ses entreprises militaires que de ses opérations commerciales. Sa marine étouffait, enfermée dans la Baltique. Il avait jeté les yeux sur la ville d’Emden, où se trouve aujourd’hui un poste important de torpilleurs, ville florissante alors, qu’enrichissaient ses relations continuelles avec Hambourg et Brème. Emden était ville libre et indépendante comme les villes de la Hanse. Frédéric-Guillaume réussit à conclure avec elle un traité et même à lui imposer une garnison brandebourgeoise. En revanche, il s’engagea à protéger son commerce, à sauvegarder