Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 14.djvu/566

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Des souscriptions publiques s’organisent ; des meetings ont lieu dans toutes les villes. Les dames prussiennes se distinguent entre toutes par la grandeur du sacrifice qu’elles consentent ; elles achètent ou font construire, de leur argent, un navire auquel on donne ce nom : Frauenlob : Gloire des femmes. Les bateliers du pays de Bade s’offrent à transporter gratis, à pied d’œuvre, les matériaux nécessaires à la construction des bateaux projetés. Des ouvriers transforment en bâtimens militaires les caboteurs disponibles. Le Hanovre s’engage à fournir gratuitement l’artillerie nécessaire à l’armement. Le Schleswig-Holstein met sa flottille à la disposition de la Confédération ; six millions de thalers sont votés pour les besoins des chantiers ; un Congrès maritime des États côtiers se réunit à Hambourg pour élaborer un plan de campagne ; on veut une flotte puissante, on la veut tout de suite, on n’entend reculer devant aucun moyen pour la constituer.

Un homme se mit à la tête de ce mouvement, et s’efforça de le diriger : le prince Adalbert de Prusse. Il avait séjourné longtemps en Angleterre, où il avait pris le goût de la marine, qu’il connaissait bien. Nommé président d’une commission technique, il dirigea ses travaux avec une grande sûreté et une grande hauteur de vues. Le très long mémoire qu’il rédigea alors sur la situation maritime de l’Allemagne et sur les mesures à prendre dans les circonstances difficiles où se trouvait le pays, est un morceau remarquable et qu’on peut encore lire aujourd’hui avec intérêt. Deux collaborateurs l’aidèrent dans sa tâche et se firent une place à côté de lui : Duckwitz et Brome. Le premier était un négociant devenu ministre du Commerce ; le second, un capitaine de vaisseau né en Allemagne, mais qui avait acquis ses grades à l’étranger, en Angleterre et en Grèce, comme le devaient faire les marins allemands de ce temps-là.

Malgré les efforts du prince Adalbert et de ses amis, il fut impossible, comme dit le commandant Erwin Schafer, « de créer une flotte d’Empire sans Empire. » L’Allemagne confédérée se heurta aux mêmes difficultés qu’autrefois le Grand Electeur. Les chantiers de constructions, les navires, les marins surtout lui manquèrent ; ses efforts pour se constituer une marine ne réussirent qu’à éveiller la jalousie des autres puissances. Bientôt il fallut se résoudre, coin me au temps passé, à louer et à acheter des vaisseaux à l’étranger, à enrôler des mercenaires. La disette de personnel était si grande et l’anxiété du public si fiévreuse