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d’approvisionnement, peut-être la maladie, à affronter la rencontre décisive sur ces champs de bataille où Napoléon avait eu tant de peine à vaincre. Il préféra courir en Bohême les chances d’une bataille défensive.

Le terrain qu’il choisit s’étend entre l’Elbe et deux de ses affluens, la Bistritz et la Trautina. De l’une à l’autre, des hauteurs boisées sur leurs crêtes, couvertes de villages, descendant en pentes rapides vers l’ouest et vers le nord, et gagnant doucement l’Elbe au sud, de façon que, de ce côté, le pays est à peu près plat. Le point culminant, Chlum, la clé de la situation, commandait la grande route de Gitschin à Königgrätz. De toutes parts, cette position était admirablement disposée pour une défensive énergique : sur son front vers l’ouest, elle était couverte par la Bistritz grossie par de fortes pluies, entourée de bas-fonds marécageux, difficiles à franchir sans pont par l’artillerie ; son flanc gauche, au sud, était protégé par les collines de Hradek et de Problus. Son flanc droit au nord était le seul point vulnérable : il y avait bien une hauteur très forte, celle de Horenowes, gardée par les marécages de la Trautina ; mais, entre Benatek et Racitz, s’ouvrait un passage facile de cinq kilomètres. C’est par-là que le Prince royal tenterait de tourner l’armée autrichienne et de la prendre à revers.

Benedek prit le parti fort intelligent, ayant constaté les effets foudroyans du fusil à aiguille, de les paralyser en préparant surtout une bataille d’artillerie ; il ne tiendrait point en réserve ses batteries divisionnaires et les masserait toutes, dès le début de l’action, surtout à Chlum et à Maslowed. Il fit opérer rapidement quelques travaux, creuser près de chaque batterie des trous-de-loup et des tranchées. Persistant dans son système de mutisme, ou peut-être parce qu’il voulait conserver sa liberté de décision entière jusqu’au dernier moment, il réunit à midi tous ses officiers (le 2 juillet) au quartier général, leur parla de la discipline, du service intérieur, de la nécessité de relever le moral des troupes, et ne leur souffla mot de ses intentions. Il ne les leur notifia que par un ordre général de 11 heures du soir. Ces ordres, dans la manière dont ils étaient formulés, présentaient un contraste frappant avec ceux de Moltke. Ceux de Moltke étaient ce qu’on appelle des directives ; ils indiquaient brièvement le but à atteindre, laissant à l’initiative des chefs de corps le choix des moyens, de telle sorte que cette initiative était toujours en éveil,