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que le gouvernement français retient sur ses galères, comme aux captifs qui rament chez les pirates barbaresques. Ce n’est qu’en 1655 qu’elle se résigne à se décharger des pauvres honteux. Jusque-là, elle s’évertuait à réaliser ce rêve, de « donner, » comme dit d’Argenson, « à tout le monde ; » « d’étendre, » comme il dit encore, « son zèle » à toutes les conditions, et « parmi toutes les misères du monde [1]. »

Sa charité n’est pas seulement l’aumône banale en argent, ni l’aumône ingénieuse en nature, comme quand elle expédie de « petits blés » de semence aux laboureurs de Picardie et de Champagne, ou qu’elle distribue aux paysans de la banlieue de Paris meubles et ustensiles pour « rétablir leurs ménages » dévastés ; — ni même l’aumône en soins médicaux, comme quand elle envoie à travers la France « un chirurgien chargé de tailler gratuitement les pauvres villageois atteints de la pierre [2]. » Elle veut atteindre la misère dans ses causes.

Il y a quelque chose, en sus de la famine, des épidémies et des guerres, qui ruine les petits : c’est la justice avec ses formalités, l’administration avec ses vexations. En 1636, la Compagnie de Paris « eut avis que certains archers du Prévôt de l’Ile et de la Monnaie, sous de faux prétextes, emprisonnaient souvent des paysans sans décret ni écrou, et abusaient de la simplicité de ces pauvres gens pour exiger d’eux des sommes qu’ils ne devaient point et un prétendu droit des prisons. » Elle informe aussitôt de ces rapines le procureur général, qui les fait cesser [3]. En 1643, indignée de voir que « les riches et les puissans accablent souvent les pauvres et les faibles par des procès, » elle établit que « le Supérieur nommera tous les trois mois quelques personnes de la Compagnie « capables » de donner aux pauvres « un appui désintéressé [4] » En 1655, elle délègue « deux personnes fort expérimentées pour apporter quelque remède aux abus et aux longueurs des procédures [5]. » L’un de ses membres, le comte Gilbert-Antoine d’Albon, allant plus loin, propose la création d’ « un Conseil charitable pour terminer les procès à l’amiable ; » et

  1. D’Argenson, p. 135. — Pendant la Fronde, quelques Compagnies de province contribuèrent au soulagement des paysans des environs de Paris : par exemple, Aix et Laval. Cf. D’Argenson, à l’année 1652.
  2. D’Argenson, p. 132, 149.
  3. Ibid., p. 64.
  4. . Ibid., p. 90.
  5. Ibid., p. 151.