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leurs femmes, excepté un seul, qui était mené par la femme d’un autre. »

Ce n’est pas que, cette influence, Mme de Girardin l’estime très bonne. Aucun moraliste, français du moins, n’a été, comme vous venez de le voir, plus sévère pour les femmes et Mme de Girardin devient véritablement injuste quand elle parle de leur rôle général dans l’humanité. Mais encore que dans cette question elle ne voie que les mauvais côtés, elle les voit très bien, et son observation est très juste, et elle doit rester en ligne de compte, tout en étant corrigée par d’autres : « Dans les arts, dans la littérature, l’influence des femmes est toujours mauvaise. Leur demi-instruction les égare. Molière consultait sa servante ; oui ; mais il ne consultait pas sa femme. Les femmes bien élevées ont en général le goût faux en littérature. Poètes, chantez-les ; ne les consultez pas… Chaque fois que l’on remarque une mode monstrueuse, un excès de ridicule dans une époque littéraire, on doit tout de suite en accuser les femmes de ce temps-là… L’autorité de l’Hôtel de Rambouillet a été funeste à la langue française ; elle l’a privé de ses mots les plus sonores, de ses plus poétiques images. L’influence des femmes en littérature n’est guère plus salutaire aujourd’hui. C’est à cette douce influence que nous devons les horreurs à la mode. Ces adorables créatures aiment les crimes, les descriptions détaillées des lieux infâmes ; on les sert selon leur goût (1845). Vous criez contre les auteurs et les journalistes, est-ce leur faute s’ils sont forcés de vous offrir de telles peintures ; ils avaient commencé par de rians tableaux qu’on n’a pas regardés… (Frédéric Soulié, Eugène Sue ; Mme de Girardin les nomme). Depuis… Accusez-en les femmes, les jolies petites femmes ; ce sont elles qui donnent le ton et voilà comment elles comprennent les effets en littérature ; voilà leur agréable influence. A l’hôtel de Rambouillet elles rêvaient la délicatesse et le sentiment ; et elles ont amené la préciosité et la fadeur ; aujourd’hui elles rêvent « l’énergie » et le « naturel » et vous voyez ce qu’elles inspirent. »

Il est certain qu’ici Mme de Girardin se trompe, qu’elle ne se trompe que partiellement, mais qu’elle se trompe ; que le succès des Mystères de Paris n’a été qu’un succès de petite bourgeoisie, immense à la vérité, mais borné à la petite bourgeoisie et au peuple et qu’il n’y a peut-être pas eu d’époque où les