Page:Rostand - Cyrano de Bergerac.djvu/156

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La sentinelle, en haut du talus.

Hein !Cet homme, là-bas qui se sauve en courant !…


De guiche, redescendant.

C’est un faux espion espagnol. Il nous rend
De grands services. Les renseignements qu’il porte
Aux ennemis sont ceux que je lui donne, en sorte
Que l’on peut influer sur leurs décisions.


Cyrano.

C’est un gredin !


De guiche, se nouant nonchalamment son écharpe.

C’est un gredin !C’est très commode. Nous disions ?…
— Ah ! J’allais vous apprendre un fait. Cette nuit même,
Pour nous ravitailler tentant un coup suprême,
Le maréchal s’en fut vers Dourlens, sans tambours ;
Les vivandiers du Roi sont là ; par les labours
Il les joindra ; mais pour revenir sans encombre,
Il a pris avec lui des troupes en tel nombre
Que l’on aurait beau jeu, certe, en nous attaquant :
La moitié de l’armée est absente du camp !


Carbon.

Oui, si les Espagnols savaient, ce serait grave.
Mais ils ne savent pas ce départ ?


De guiche.

Mais ils ne savent pas ce départ ?Ils le savent.
Ils vont nous attaquer.


Carbon.

Ils vont nous attaquer.Ah !


De guiche.

Ils vont nous attaquer.Ah !Mon faux espion
M’est venu prévenir de leur agression.
Il ajouta : « J’en peux déterminer la place ;
Sur quel point voulez-vous que l’attaque se fasse ?
Je dirai que de tous c’est le moins défendu,
Et l’effort portera sur lui. » - J’ai répondu :
« C’est bon. Sortez du camp. Suivez des yeux la ligne
Ce sera sur le point d’où je vous ferai signe. »