Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 1.djvu/568

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
— 538 —
1669

me l’aviez faite, et l’on ne peut pas avoir été mieux perdue qu’elle l’a été. Vous voulez bien que je la regrette encore, Tout ce que vous écrivez est agréable, et si j’eusse souhaité, ou du moins si j’eusse été indifférente pour la perte de quelque chose, ce n’eût jamais été pour cette lettre-là[1].

Vous me dites très-naïvement tous les écriteaux qui sont au bas de mes portraits. Je suis persuadée que ceux qui en ont parlé autrement ont menti ; mais celui où vous me louez sur l’amitié, qu’en dites-vous[2] ? J’entends votre ton, et je comprends que c’est une satire selon votre pensée ; mais comme vous serez peut-être le seul qui la preniez pour une contre-vérité, et qu’en plusieurs endroits cette louange m’est acquise par des raisons assez fortes, je consens que ce que vous avez écrit demeure écrit à l’éternité ; et pour vous, Monsieur le Comte, sans recommencer notre procès ni notre combat, je vous dirai que je n’ai pas manqué un moment à l’amitié que je vous devois. Mais n’en parlons plus : je crois que dans votre cœur vous en êtes présentement persuadé.

Pour notre chevalerie de Bretagne, vous ne la connoissez point. Le Bouchet, qui connoît les maisons dont je vous ai parlé, et qui vous paroissent barbares, vous diroit qu’il faut baisser le pavillon devant elles[3]. Je ne vous dis

  1. LETTRE 91. — Cette tournure irrégulière que nous reproduisons d’après la copie de Bussy, est ainsi corrigée dans le manuscrit de Langheac : « Et si j’eusse souhaité que quelque chose eût été perdue, ce n’eût jamais été celle-là. »
  2. Il n’est question d’amitié dans aucun des écriteaux de la lettre 90. Y en avait-il un de plus dans la lettre originale envoyée à Mme de Sévigné ? Ou bien, comme le commencement de la réponse de Bussy pourrait porter à le croire, n’y aurait-il ici qu’une allusion nouvelle, mais d’une ironie, il en faut convenir, bien subtile, au fameux portrait de l’Histoire amoureuse des Gaules ?
  3. Ces derniers mots sont biffés au manuscrit de Bussy, et remplacés par ceux-ci : vous diroit qu’elles sont toutes des meilleures.