Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 10.djvu/19

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1691
parle, très-bien ridiculisé. Ce que nous ne comprenons pas, c’est la raison pourquoi il a mis cette epître sous le nom de son fils[1] ; cui bono[2]? quelle finesse! un style qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau, où l’on ne sauroit se méprendre, sur un sujet qui ne blesse personne : si vous ne nous expliquez cela, nous en serons malades.

Mais parlons de votre affliction d'avoir perdu cet aimable ménage[3], qui a si bien célébré votre mérite en vers et en prose, tandis que vous avez si bien senti l'agrément de leur société. La douleur de cette séparation est aisée à comprendre ; M. de Chaulnes ne veut pas ne nous croyions qu’il la partage avec vous ; il ne faut pas qu’un ambassadeur soit occupé d`autres choses que des affaires du Roi son maître, qui de son côté prend Mons avec cent mille hommes, d'une manière toute héroïque, allant partout, visitant tout, et s’exposant trop[4]. La politique du prince d'Orange, qui prenoit

  1. Le duc de Nevers avait deux fils : l’aîné, Philippe-Jules—François Mazarini Mancini, né en octobrc 1676 et qui devint duc de Nevers ; l’autre, né récemment, le 2 mars 1690, Jacques-Hippolyte, qui porta le titre de marquis Mancini.
  2. « A quoi bon? » Il semble bien du moins que Mme de Sévigné prend ici dans ce sens, devenu assez ordinaire dans l'usage familier, ces mots, que nous avons traduits plus exactement au tome IX, p. 85, note 9.
  3. Le duc et la duchesse de Nevers étaient partis de Rome le dernier jour de mars. Voyez les Mémoires de Coulanges, p. 238, et ci-après, p. 16, la note 16 de cette lettre.
  4. « Le Roi .... alla se promener à l’entour de la place, et fut assez longtemps à demi-portée du mousquet. Une de nos vedettes l’arrêta ; on lui dit : « Est-ce que tu ne connois pas le Roi? — Je le connois bien, répondit le cavalier, mais ce ne devroit pas être lui qui vint si avant. » (Journal de Dangeau, au 21 mars 1691.) — Mons se rendit le 9 avril.