Page:Schwob - Mœurs des diurnales, 1903.djvu/111

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le public, qui vous est immédiatement inférieur, le connaît un peu et ne le comprend pas du tout.

Exemple :


Je vois encore le regard brutal, glabre, éteint et méfiant de ses gros yeux.

(Félix Duquesnel, le Gaulois, 8 novembre 1902.)


Remarquez ici que le feuilletoniste aurait écrit « regard brutal et allumé » comme il doit se faire pour décrire le feu de la convoitise des brutes qui luit dans les prunelles. Mais vous faites de la littérature. Vous écrirez donc éteint, qui est une contradiction à brutal, et vous ajouterez méfiant pour contredire à éteint. Par glabre, vous obtiendrez l’étonnement. Et notez que le contraire de glabre serait une épithète mauvaise. L’étonnement du public vous serait ici défavorable. Vous ne sauriez ignorer, ni lui, qu’il n’y a pas de regards chevelus, ni de regards poilus, ni de regards velus. Mais comme vous êtes dans l’incertitude au sujet de glabre, il est dans l’ignorance, et il admire : Omne ignotum pro magnifico.

N. B. — Il ne faudrait pas choisir un synonyme à glabre, chauve ou rasé par exemple. Glabre est