Page:Shelley - Œuvres en prose, 1903, trad. Savine.djvu/182

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La physionomie du médecin était épiée par le regard fixe du mari terrifié, jusqu’à ce que le désespoir qu’il y lisait descendit au fond de son cœur. Tout cela s’est passé et se passe encore. Vous parcourez, le cœur léger, les rues de cette grande cité, sans songer que de telles scènes s’accomplissent autour de vous. Vous ne faites pas mentalement le total des mères qui meurent en couches. C’est le désastre le plus horrible de tous. Dans la maladie, la vieillesse, la bataille, la mort arrive comme chez elle; mais dans la saison de la joie et de l’espoir, alors que la vie devrait succéder à la vie, et que la famille réunie attend un membre nouveau, le plus jeune et le mieux aimé, que l’épouse, la mère, celle par qui chaque membre de la famille était si cher à l’autre, qu’elle meure ! Pourtant des milliers parmi les pauvres les plus pauvres, dont la misère est aggravée par une cause dont on ne peut parler maintenant, souffrent cela. Et n’ont-ils pas d’affections? N’ont-iis pas des cœurs qui battent dans leur poitrine, des larmes qui débordent de leurs yeux? Ne sont-ils pas de la chair humaine, du sang? Pourtant nul ne les pleure, nul ne porte leur deuil, et quand leurs cercueils sont portés à la fosse, lorsque toutefois la paroisse leur fournit un cercueil, – personne ne se retourne pour se livrer à des réflexions sur la tristesse qu’il laisse derrière eux.