Page:Stendhal - Lamiel, 1928, éd. Martineau.djvu/158

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et en plaisantait avec sa camarade. Mais, en supposant que l’abbé Clément ait de l’amour pour moi, encore une fois, qu’est-ce que c’est que l’amour ? »

Le lecteur trouvera peut-être cette question ridicule de la part d’une grande fille de seize ans, élevée au milieu des plaisanteries grossières des soirées de village, mais d’abord Lamiel n’avait pas d’amies intimes parmi les filles de son âge, et en second lieu elle s’était trouvée fort rarement à des soirées de ce genre. Les jeunes filles de son âge l’appelaient la savante et cherchaient à lui jouer des tours. Il se trouvait que la chaumière de Mme Hautemare était le centre de la société du village, là se réunissaient toutes les dévotes qui amenaient, le plus souvent qu’elles le pouvaient, leurs filles avec elles. Mme Hautemare était toute fière de se voir le centre d’une société, et, dans l’espoir d’y voir arriver les filles du village, elle exigeait que Lamiel ne sortît point. Le curé Du Saillard fut enchanté de voir naître une occasion de passer la soirée honnêtement. Ces curés de campagne se permettent d’étranges libertés : Du Saillard alla jusqu’à recommander, en chaire, les soirées de la femme du bedeau. Tout ceci se passait avant que Lamiel eût été appelée au château ; lorsque, sous prétexte de