Page:Stendhal - Vie de Henri Brulard, t1, 1913, éd. Debraye.djvu/92

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je lui sais gré, probablement il n’est pas un niais. Il y a trente-trois ans que je ne l’ai vu, il peut en avoir trente-cinq.

J’ai perdu mon grand-père pendant que j’étais en Allemagne, est-ce en 1807 ou en 1813, je n’ai pas de souvenir net. Je me souviens que je fis un voyage à Grenoble pour le revoir encore ; je le trouvai fort attristé. Cet homme si aimable, qui était le centre des veillées où il allait, ne parlait presque plus. Il me dit : « C’est une visite d’adieu », et puis parla d’autres choses ; il avait en horreur l’attendrissement de famille niais.

Un souvenir me revient, vers 1807 je me fis peindre, pour engager Mme Alex. Petit à se faire peindre aussi, et comme le nombre des séances était une objection, je la conduisis chez un peintre vis-à-vis la Fontaine du Diorama qui peignait à l’huile, en une séance, pour cent-vingt francs*. Mon bon grand-père vit ce portrait, que j’avais envoyé à ma sœur, je crois, pour m’en défaire, il avait déjà perdu beaucoup de ses idées ; il dit en voyant ce portrait : « Celui-là est le véritable », et puis retomba dans l’affaissement et la tristesse. Il mourut bientôt après, ce me semble, à l’âge de 82 ans, je crois.

Si cette date est exacte, il devait avoir 61 ans en 1789 et être né vers 1728. Il racontait quelquefois la bataille de l’Assiette, assaut dans les Alpes, tenté en vain par le chevalier de Belle-Isle en 1742, je crois*. Son père, homme ferme, plein d’énergie et