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TABLEAU DE LA FRANCE


est gaulois ; et qui nous aurait échappé plus d’une fois, si nous ne le tenions serré, comme dans des pinces et des tenailles entre quatre villes françaises d’un génie rude et fort : Nantes et Saint-Malo, Rennes et Brest.

Et pourtant cette pauvre vieille province nous a sauvés plus d’une fois ; souvent, lorsque la patrie était aux abois et qu’elle désespérait presque, il s’est trouvé des poitrines et des têtes bretonnes plus dures que le fer de l’étranger. Quand les hommes du Nord couraient impunément nos côtes et nos fleuves, la résistance commença par le breton Noménoé ; les Anglais furent repoussés au XIVe siècle par Duguesclin, au XVe, par Richelieu ; au XVIIe, poursuivis sur toutes les mers par Duguay-Trouin. Les guerres de la liberté religieuse, et celles de la liberté politique, n’ont pas de gloires plus innocentes et plus pures que Lanoue et Latour d’Auvergne, le premier grenadier de la République. C’est un Nantais, si l’on en croit la tradition, qui aurait poussé le dernier cri de Waterloo : La garde meurt et ne se rend pas.

Le génie de la Bretagne, c’est un génie d’indomptable résistance et d’opposition intrépide, opiniâtre, aveugle ; témoin Moreau, l’adversaire de Bonaparte. La chose est plus sensible encore dans l’histoire de la philosophie et de la littérature. Le breton Pélage, qui mit l’esprit stoïcien dans le christianisme, et réclama le premier dans l’Église en faveur de la liberté humaine, eut pour successeurs le breton Abailard et le breton Descartes. Tous trois ont donné l’élan à la philosophie de leur siècle. Toutefois, dans Descartes même, le dédain des faits, le mépris de l’histoire et des langues, indique assez que ce génie indépendant, qui fonda la psychologie et doubla les mathématiques, avait plus de vigueur que d’étendue[1].

Cet esprit d’opposition, naturel à la Bretagne, est mar-

  1. App., 2.