Page:Tahureau - Poésies, t. 2, éd. Blanchemain, 1870.djvu/206

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ORAISON

de prester la main aux peuples qui sont matinezdes excès de quelque tiran ambicieux ou viliainement reduitz de leur douce, légitime et antique liberté, au joug d’une rigoureuse, bastardeet nouvelle servitude ? Laissons les étrangers, et venons aux louables et divines polices dont il regist les siens, de telle façon que le peuple Françoys tout d’une voix loue et beneist l’heureuse journée, l’heure et le moment qu’il nasquit sus la terre, destiné pour estre son Prince.

Qu’estoyt-ce au temps passé ? Quelle horreur, quelle tyrannie que de voir le peuple François plus foulé des siens mesmes que de ses plus mortelz ennemys ? Voyr le pauvre laboureur, qui devoit en seureté manger ce peu de bien qu’il avoit amassé à force de bras, outragé, batu, pillé, volé, despoùillé de ses biens ? Voyr sa chaste femme, ses humbles et simples fillettes traîner impudiquement et cruellement prendre à force, et de ceux encore soubz la garde desquels il devoyt reposer à son aise et seurement prendre son sommeil ?

Qu’est-ce au contraire aujourd’huy ? Quelle juste police ! Quelle humanité ! Quelle douceur, au regard de ces horribles faictz qui se commettoyent auparavant, de voyr le peuple soulagé de telles pilleries, de voyr l’homme de guerre se montrer modeste, honneste, pitoyable et courtois par tous les lieux où il passe, dé s’en aller avecques la grâce de son