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car Janequin, Certon et Groudimel sont les plus célèbres représentants de l’école française au milieu du seizième siècle. H en est différemment d’un quatrième, le compositeur du sonnet : « Las ! je me plains », Muret, Nous avions pourtant rencontré ce nom dans un répertoire musical, où il tenait peu de place : la Bibliographie der Musik-Sammelwerke des XVI und XVII. Jahrhundertes, de M. R. Eitner, fait mention de Muret (M. A.) dont elle signale deux chansons françaises : Ma petite cohmbeïle et Venez sus donc venez embrassez. Avec le sonnet des Amours, cela porte à trois morceaux le bagage actuellement connu de ce compositeur. Notons que « Ma petite colombelle » est le premier vers d’une des odes les plus connues de Ronsard. A cette préférence significative, ajoutons cette autre observation, que le poète eut pour ami d’école Marc-Antoine de Muret, lequel devait devenir un des principaux érudits du siècle, et qui, dans sa jeunesse, fut un ferme soutien de la Pléiade ; déjà, quand parut la deuxième édition des Amours de Ronsard, Muret l’accompagna de commentaires qui indiquent qu’il avait une grande part dans les confidences du poète. Répondant à ceux qui lui faisaient reproche d’avoir commenté une œuvre qui n’était ni grecque ni latine et dont l’auteur était encore vivant, il s’écriait :

» Et plus à Dieu que du tans d’Homère, de Vergile, et autres anciens, quelqu’un de leurs plus familiers eut emploie quelques heures à nous éclaircir leurs conceptions. Nous ne serions pas aux troubles auxquels nous sommes pour les entendre… Comme je puis bien dire, qu’il y avait quelques Sonets dans ce livre qui d’home n’eussent jamais esté bien entendus, si l’auteur ne les eut, ou à moi, ou à quelque autre familièrement declairés. « 

Quand nous voyons dans le même livre le nom de Marc— Antoine de Muret signer de tels commentaires et celui de M. A. Muret s’inscrire au-dessus de la composition musicale d’un sonnet, ne sommes-nous pas autorisés à croire que musicien et commentateur ne sont qu’une seule et même personnalité ? Sans doute de plus savants travaux ont absorbé la principale part de son activité ; mais devaient-ils empêcher que, dans l’efflorescence de la jeunesse, l’auteur, partageant les goûts de ses amis, peut-être plus favorisé qu’eux sous le rapport des aptitudes et de l’instruction musicale, ait fait dans ce domaine une petite incursion ? Commentateur éruclit de Ronsard, il voulut aussi le commenter artistiquement ; peut-être prétendit-il donner un modèle, et, travaillant sous les yeux de l’auteur, fixer la forme du sonnet musical : l’exactitude de l’interprétation du texte dans le chant « Las ! je me plains », jointe à une certaine sécheresse d’inspiration, n’est nullement en contradiction avec l’idée que cette musique peut être l’œuvre d’un littérateur. Voilà donc un nom nouveau à inscrire dans les biographies des musiciens : Marc-Antoine Muret, auquel il sera d’autant plus facile de consacrer un article