Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 1.djvu/103

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Levine, dont elle vit l’air désespéré, elle répondit avec hâte :

« Cela ne peut être… Pardonnez-moi. »

Combien, une minute auparavant, elle était près de lui et nécessaire à sa vie ! et combien elle s’éloignait tout à coup et lui devenait étrangère !

« Il ne pouvait en être autrement », dit-il sans la regarder.

Et, la saluant, il voulut s’éloigner.


CHAPITRE XIV


La princesse entra au même instant. La terreur se peignit sur son visage en les voyant seuls, avec des figures bouleversées. Levine s’inclina devant elle sans parler. Kitty se taisait sans lever les yeux. « Dieu merci, elle aura refusé », pensa la mère, et le sourire avec lequel elle accueillait ses invités du jeudi reparut sur ses lèvres.

Elle s’assit et questionna Levine sur sa vie de campagne ; il s’assit aussi, espérant s’esquiver lorsque d’autres personnes entreraient.

Cinq minutes après, on annonça une amie de Kitty, mariée depuis l’hiver précédent, la comtesse Nordstone.

C’était une femme sèche, jaune, nerveuse et maladive, avec de grands yeux noirs brillants. Elle aimait Kitty, et son affection, comme celle de toute femme mariée pour une jeune fille, se traduisait par