Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 1.djvu/196

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vitch ; ce sentiment n’était pas nouveau, elle l’avait éprouvé autrefois, mais sans y attacher d’importance ; aujourd’hui elle s’en rendait compte clairement et avec chagrin.

« Tu vois que je suis un mari tendre, tendre comme la première année de notre mariage, dit-il de sa voix lente et sur un ton de persiflage qu’il prenait généralement, comme s’il eût voulu tourner en ridicule ceux qui parlaient ainsi : Je brûlais du désir de te revoir.

— Comment va Serge ? demanda-t-elle.

— Voilà comment tu récompenses ma flamme ? dit-il ; il va bien, très bien. »


CHAPITRE XXXI


Wronsky n’avait pas même essayé de dormir cette nuit ; il l’avait passée tout entière, assis dans son fauteuil, les yeux grands ouverts, regardant avec la plus complète indifférence ceux qui entraient et sortaient ; pour lui, les hommes n’avaient pas plus d’importance que les choses. Ceux que frappait d’ordinaire son calme imperturbable, l’auraient trouvé ce jour-là dix fois plus fier et plus impassible encore. Un jeune homme nerveux, employé au tribunal d’arrondissement, assis auprès de lui en wagon, fit son possible pour lui faire comprendre qu’il était du nombre des êtres animés ; il lui demanda du feu, lui adressa la parole, lui donna même un coup de pied : au-