Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 1.djvu/201

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que son cœur souffre toujours à propos de tout ; actuellement, outre ses soucis habituels, elle se préoccupe encore de la réconciliation des Oblonsky. »

La comtesse Lydie était l’amie de son mari, le centre d’un certain monde auquel appartenait Anna à cause de lui.

« Mais je lui ai écrit ?

— Elle tient à avoir des détails. Vas-y, chère amie, si tu ne te sens pas trop fatiguée. Condrat t’appellera ta voiture, et moi je vais, de mon côté, au conseil. Enfin je ne dînerai plus seul, continua Alexis Alexandrovitch, sans plaisanter cette fois. Tu ne saurais croire combien je suis habitué… »

Et, avec un sourire tout particulier, il lui serra longuement la main et la conduisit à sa voiture.

XXXII

Le premier visage qu’aperçut Anna en rentrant chez elle, fut celui de son fils ; il s’élança sur l’escalier malgré sa gouvernante, criant dans un transport de joie : « Maman, maman ! » et lui sauta au cou.

« Je vous disais bien que c’était maman ! cria-t-il à la gouvernante, je savais bien que c’était elle. »

Mais le fils, comme le père, causa à Anna une espèce de désillusion ; elle se l’imaginait mieux qu’il n’était en réalité, et cependant il était charmant, avec sa tête frisée, ses yeux bleus et ses belles petites jambes dans leurs bas bien tirés.