Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 1.djvu/228

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.


— Vas-y, je ne t’en empêche pas », répondit la mère.


CHAPITRE III


En entrant dans le petit boudoir de Kitty, tout tendu de rose, avec ses bibelots de vieux saxe, Dolly se souvint du plaisir qu’elles avaient eu toutes les deux à décorer cette chambre l’année précédente ; combien alors elles étaient gaies et heureuses ! Elle eut froid au cœur en regardant maintenant sa sœur immobile, assise sur une petite chaise basse près de la porte, les yeux fixés sur un coin du tapis. Kitty vit entrer Dolly, et l’expression froide et sévère de son visage disparut.

« Je crains fort, une fois revenue chez moi, de ne plus pouvoir quitter la maison, dit Dolly en s’asseyant près d’elle : c’est pourquoi j’ai voulu causer un peu avec toi.

— De quoi ? demanda vivement Kitty en levant la tête.

— De quoi, si ce n’est de ton chagrin ?

— Je n’ai pas de chagrin.

— Laisse donc, Kitty. T’imagines-tu vraiment que je ne sache rien ? Je sais tout, et si tu veux m’en croire, tout cela est peu de chose ; qui de nous n’a passé par là ? »

Kitty se taisait, son visage reprenait une expression sévère.