Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 1.djvu/242

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Wronsky, accompagné de Pétritzky et de Kédrof, était allé porter leurs excuses au conseiller titulaire, espérant que son nom et ses aiguillettes d’aide de camp contribueraient à calmer l’offensé ; Wronsky n’avait réussi qu’en partie, comme il venait de le raconter, et la réconciliation semblait encore douteuse.

Au théâtre, Wronsky emmena le colonel au foyer et lui raconta le succès, ou plutôt l’insuccès de sa mission. Réflexion faite, celui-ci résolut de laisser l’affaire où elle en était, mais ne put s’empêcher de rire en questionnant Wronsky.

« Vilaine histoire, mais bien drôle ! Kédrof ne peut pourtant pas se battre avec ce monsieur ! Et comment trouvez-vous Claire ce soir ? Charmante !… dit-il en parlant d’une actrice française. On a beau la voir souvent, elle est toujours nouvelle. Il n’y a que les Français pour cela. »


CHAPITRE VI


La princesse Betsy quitta le théâtre sans attendre la fin du dernier acte. À peine eut-elle le temps d’entrer dans son cabinet de toilette pour mettre un nuage de poudre de riz sur son long visage pâle, arranger un peu sa toilette, et commander le thé au grand salon, que les voitures arrivèrent, et s’arrêtèrent au vaste perron de son palais de la grande Morskaïa. Le suisse monumental ouvrait sans