Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 1.djvu/39

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Elle baissa les yeux, écoutant ce qu’il avait à dire de l’air d’une personne qui espère qu’on la détrompera.

« Une minute d’entraînement », acheva-t-il, et il voulut continuer, mais à ces mots les lèvres de Dolly se serrèrent comme par l’effet d’une vive souffrance, et les muscles de sa joue droite se contractèrent de nouveau.

« Allez-vous-en, allez-vous-en d’ici, cria-t-elle encore plus vivement, et ne me parlez pas de vos entraînements, de vos vilenies ! »

Elle voulut sortir, mais elle faillit tomber et s’accrocha au dossier d’une chaise pour se soutenir. Le visage d’Oblonsky s’assombrit, ses yeux étaient pleins de larmes.

« Dolly ! dit-il presque en pleurant. Au nom de Dieu, pense aux enfants : ils ne sont pas coupables. Il n’y a de coupable que moi, punis-moi : dis-moi comment je puis expier. Je suis prêt à tout. Je suis coupable et n’ai pas de mots pour t’exprimer combien je le sens ! Mais, Dolly, pardonne ! »

Elle s’assit. Il écoutait cette respiration oppressée avec un sentiment de pitié infinie. Plusieurs fois elle essaya de parler sans y parvenir. Il attendait.

« Tu penses aux enfants quand il s’agit de jouer avec eux, mais, moi, j’y pense en comprenant ce qu’ils ont perdu, » dit-elle en répétant une des phrases qu’elle avait préparées pendant ces trois jours.

Elle lui avait dit tu, il la regarda avec reconnais-