Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 1.djvu/415

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« Varinka, pardonnez-moi, murmura Kitty en s’approchant d’elle : je ne sais plus ce que j’ai dit, je…

— Vraiment je n’avais pas l’intention de vous faire du chagrin, » dit Varinka en souriant.

La paix était faite. Mais l’arrivée de son père avait changé pour Kitty le monde dans lequel elle vivait. Sans renoncer à tout ce qu’elle y avait appris, elle s’avoua qu’elle se faisait illusion en croyant devenir telle qu’elle le rêvait. Ce fut comme un réveil. Elle comprit qu’elle ne saurait, sans hypocrisie, se tenir à une si grande hauteur ; elle sentit en outre plus vivement le poids des malheurs, des maladies, des agonies qui l’entouraient, et trouva cruel de prolonger les efforts qu’elle faisait pour s’y intéresser. Elle éprouva le besoin de respirer un air vraiment pur et sain, en Russie, à Yergoushovo, où Dolly et les enfants l’avaient précédée, ainsi que le lui apprenait une lettre qu’elle venait de recevoir.

Mais son affection pour Varinka n’avait pas faibli. En partant, elle la supplia de venir les voir en Russie.

« Je viendrai quand vous serez mariée, dit celle-ci.

— Je ne me marierai jamais.

— Alors je n’irai jamais.

— Dans ce cas, je ne me marierai que pour cela. N’oubliez pas votre promesse », dit Kitty.

Les prévisions du docteur s’étaient réalisées :