Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 1.djvu/99

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.


nant vivement vers elle, ne dites rien. Je vous en prie, je vous en prie. Je sais, je sais tout. »

Elle partageait les idées de sa mère, mais les motifs qui déterminaient le désir de celle-ci la froissaient.

« Je veux dire seulement qu’ayant encouragé l’un…

— Maman, ma chérie, au nom de Dieu ne dites rien, j’ai peur d’en parler.

— Je ne dirai rien, répondit la mère en lui voyant des larmes dans les yeux : un mot seulement, ma petite âme. Tu m’as promis de n’avoir pas de secrets pour moi.

— Jamais, jamais aucun, s’écria Kitty en regardant sa mère bien en face, tout en rougissant. Je n’ai rien à dire maintenant, je ne saurais rien dire, même si je le voulais, je ne suis…

— Non, avec ces yeux-là elle ne saurait mentir », pensa la mère, souriant de cette émotion, tout en songeant à ce qu’avait d’important pour la pauvrette ce qui se passait dans son cœur.


CHAPITRE XIII


Kitty éprouva après le dîner et au commencement de la soirée une impression analogue à celle que ressent un jeune homme la veille d’une première affaire. Son cœur battait violemment, et elle était incapable de rassembler et de fixer ses idées.