Page:Topffer - Nouvelles genevoises.djvu/45

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du chemin. Sur le point de m’éloigner, je trouvais à ces impressions je ne sais quel charme touchant, comme si chacune d’elles eût un langage qui me parlât du passé, et qui endormît ma peine dans le vague d’une attendrissante mélancolie.




En ce moment, l’horloge de la cure sonna huit heures. Ce son si connu, me surprenant dans la disposition où j’étais, acheva de transporter mon imagination autour du presbytère. Je me sentis comme présent au milieu d’eux, à cette heure où d’ordinaire, assis sur l’antique terrasse, nous passions les belles soirées d’été, tantôt en paisibles entretiens qu’ennoblissait toujours la conversation simple et élevée de M. Prévère, tantôt recueillis en face de l’imposante profondeur des cieux. J’aimais surtout ces moments depuis qu’un nouveau sentiment avait donné du sérieux à ma pensée, et que souvent s’y rencontraient, par des sentiers mystérieux, l’image d’un Dieu plein de bonté et celle d’une jeune fille d’une pureté céleste. À cette heure aussi, l’obscurité voilant l’expression des visages, notre mutuelle timidité se changeait en des manières plus aisées ; et, si le moment où l’on allait s’asseoir sur le banc nous trouvait à côté l’un de l’autre, la nuit ne trahissait ni notre honte ni notre plaisir. Alors je sentais contre ma main les plis de sa robe ; quelquefois le souffle de ses lèvres arrivait jusqu’à mes joues, et je n’imaginais pas qu’il pût y avoir une plus grande félicité sur la terre.




Un chariot, que j’entendais monter sur le revers du coteau, vint me distraire de ma rêverie ; et, songeant