Page:Topffer - Nouvelles genevoises.djvu/56

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mettons à profit le reste de nos jours, avançons vers la tombe en nous chargeant d’œuvres ; et quand elle aura englouti ces corps périssables, puissions-nous être agréés du souverain juge : vous, pour avoir réformé vos cœurs ; moi, pour lui avoir ramené ce troupeau, l’objet de toutes mes affections sur la terre ! »

Quand je relevai la tête, je ne vis plus Louise. Le chantre, courbé sous le poids d’une douloureuse angoisse, pleurait la tête baissée ; et, au travers des larmes qui inondaient ma paupière, M. Prévère m’apparaissait comme un être céleste, dont j’eusse baisé les pieds avec adoration. J’avais compris la piété, la vertu, la beauté du sacrifice ; et, avant que l’espérance vînt amollir mon cœur, je me hâtai de quitter ces lieux dès que je pus le faire sans être aperçu.




Trois jours après, je reçus cette lettre du père de Louise :


« Charles,

« Hier, au prêche, M. Prévère parla de vous, et il dit des choses qui me firent peine, venant d’un si respectable pasteur. Alors, après le prêche, l’ayant trouvé seul aux acacias, je lui pris la main, ayant peine à parler, du cœur gros que j’avais..... — Parlez, mon vieux ami, me dit-il ; vous ai-je paru trop sévère ?… — Ce n’est pas ça, lui ai-je fait ; mais, depuis ce matin, je me repens ; déjà depuis hier au soir, monsieur Prévère. C’est dimanche fête, je ne veux pas communier qu’il ne soit revenu. Donnez-lui Louise.

« Alors nous nous sommes embrassés, et j’ai senti que j’avais bien fait, dont je remercie Dieu de m’avoir