Page:Turgot - Œuvres de Turgot, éd. Eugène Daire, I.djvu/135

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RÉFLEXIONS
SUR LA FORMATION ET LA DISTRIBUTION
DES RICHESSES.



§ I. — Impossibilité du commerce dans la supposition d’un partage égal des terres, où chaque homme n’aurait que ce qu’il lui faudrait pour se nourrir.

Si la terre était tellement distribuée entre tous les habitants d’un pays, que chacun en eût précisément la quantité nécessaire pour le nourrir, et rien de plus, il est évident que, tous étant égaux, aucun ne voudrait travailler pour autrui ; personne aussi n’aurait de quoi payer le travail d’un autre, car chacun n’ayant de terre que ce qu’il en faudrait pour produire sa subsistance, consommerait tout ce qu’il aurait recueilli, et n’aurait rien qu’il pût échanger contre le travail des autres.

§ II. — L’hypothèse ci-dessus n’a jamais existé, et n’aurait pu subsister. La diversité des terrains et la multiplicité des besoins amènent l’échange des productions de la terre contre d’autres productions.

Cette hypothèse n’a jamais pu exister, parce que lés terres ont été cultivées avant d’être partagées, la culture même ayant été le seul motif du partage et de la loi qui assure à chacun sa propriété. Or, les premiers qui ont cultivé ont probablement cultivé autant de terrain que leurs forces le permettaient, et par conséquent plus qu’il n’en fallait pour les nourrir.

Quand cet état aurait pu exister, il n’aurait pu être durable : chacun ne tirant de son champ que sa subsistance, et n’ayant pas de quoi payer le travail des autres, ne pourrait subvenir à ses autres besoins, du logement, du vêtement, etc., que par son propre travail ; ce qui serait à peu près impossible, toute terre ne produisant pas tout à beaucoup près.