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trement dangereuses que celles de l’Océan ; le désert a tous les périls de la mer, même l’engloutissement, et, de plus, des fatigues et des privations insoutenables.

— Il me semble, dit Kennedy, que le vent tend à se calmer ; la poussière des sables est moins compacte, leurs ondulations diminuent, l’horizon s’éclaircit.

— Tant mieux ; il faut l’examiner attentivement avec la lunette, et que pas un point n’échappe à notre vue !

— Je m’en charge, Samuel, et le premier arbre n’apparaîtra pas sans que tu n’en sois prévenu. »

Et Kennedy, la lunette à la main, se plaça sur le devant de la nacelle.




CHAPITRE XXXV


L’histoire de Joe. — L’île des Biddiomahs. — L’adoration. — L’île engloutie. — Les rives du lac. — L’arbre aux serpents. — Voyage à pied. — Souffrances. — Moustiques et fourmis. — La faim. — Passage du Victoria. — Disparition du Victoria. — Désespoir. — Le marais. — Un dernier cri.


Qu’était devenu Joe pendant les vaines recherches de son maître ?

Lorsqu’il se fut précipité dans le lac, son premier mouvement à la surface fut de lever les yeux en l’air ; il vit le Victoria, déjà fort élevé au-dessus du lac, remonter avec rapidité, diminuer peu à peu, et, pris bientôt par un courant rapide, disparaître vers le nord. Son maître, ses amis étaient sauvés.

« Il est heureux, se dit-il, que j’aie eu cette pensée de me jeter dans le Tchad ; elle n’eût pas manqué de venir à l’esprit de M. Kennedy, et certes il n’aurait pas hésité à faire comme moi, car il est bien naturel qu’un homme se sacrifie pour en sauver deux autres. C’est mathématique. »

Rassuré sur ce point, Joe se mit à songer à lui ; il était au milieu d’un lac immense, entouré de peuplades inconnues, et probablement féroces. Raison de plus pour se tirer d’affaire en ne comptant que sur lui ; il ne s’effraya donc pas autrement.

Avant l’attaque des oiseaux de proie, qui, selon lui, s’étaient conduits comme de vrais gypaètes, il avait avisé une île à l’horizon ; il résolut donc de se diriger vers elle, et se mit à déployer toutes ses connaissances dans l’art de la natation, après s’être débarrassé de la partie la plus gênante de ses vêtements ; il ne s’embarrassait guère d’une promenade de cinq ou six milles ; aussi, tant qu’il fut en plein lac, il ne songea qu’à nager vigoureusement et directement.


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Joe dans le lac Tchad.