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LE PAYS DES FOURRURES.

s’envola dans l’air. Nul doute que, sans cet épais bonnet, le caporal ne se fût arraché sa propre oreille.

En ce moment, les chiens se jetèrent de côté, le traîneau fut culbuté et le couple précipité dans la neige. Très heureusement, la couche était épaisse, et les deux époux n’eurent aucun mal. Mais quelle honte pour le caporal ! Et de quelle façon le regarda sa petite femme ! Et quels reproches lui fit le lieutenant Hobson !

Le traîneau fut relevé ; mais on décida que dorénavant les rênes du véhicule, comme celles du ménage, appartiendrait de droit à Mrs. Joliffe. Le caporal, tout penaud, dut se résigner, et la marche du détachement, un instant interrompue, fut reprise aussitôt.

Pendant les quinze jours qui suivirent, aucun incident ne se produisit. Le temps était toujours propice, la température supportable, et le 1er mai, le détachement arrivait au Fort-Entreprise.

CHAPITRE VI

un duel de wapitis.


L’expédition avait franchi une distance de deux cents milles depuis son départ du Fort-Reliance. Les voyageurs, favorisés par de longs crépuscules, courant jour et nuit sur leurs traîneaux, pendant que les attelages les emportaient à toute vitesse, étaient véritablement accablés de fatigue, quand ils arrivèrent aux rives du lac Snure, près duquel s’élevait le Fort-Entreprise.

Ce fort, établi depuis quelques années seulement par la Compagnie de la baie d’Hudson, n’était en réalité qu’un poste d’approvisionnement de peu d’importance. Il servait principalement de station aux détachements qui accompagnaient les convois de pelleteries venus du lac du Grand-Ours situé à près de trois cents milles dans le nord-ouest. Une douzaine de soldats en formaient la garde. Le fort n’était composé que d’une maison de bois, entourée d’une enceinte palissadée. Mais, si peu confortable que fût cette habitation, les compagnons du lieutenant Hobson s’y réfugièrent avec plaisir, et, pendant deux jours, ils s’y reposèrent des premières fatigues de leur voyage.

Le printemps polaire faisait déjà sentir en ce lieu sa modeste influence.