Page:Verne - Le Tour du monde en quatre-vingts jours.djvu/66

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— Cependant cette infortunée ne paraissait faire aucune résistance, fit observer sir Francis Cromarty.

— Cela tient à ce qu’on l’a enivrée de la fumée du chanvre et de l’opium.

— Mais où la conduit-on ?

— À la pagode de Pillaji, à deux milles d’ici. Là, elle passera la nuit en attendant l’heure du sacrifice.

— Et ce sacrifice aura lieu ?…

— Demain, dès la première apparition du jour. »

Après cette réponse, le guide fit sortir l’éléphant de l’épais fourré et se hissa sur le cou de l’animal. Mais au moment où il allait l’exciter par un sifflement particulier, Mr. Fogg l’arrêta, et, s’adressant à sir Francis Cromarty :

« Si nous sauvions cette femme ? dit-il.

— Sauver cette femme, monsieur Fogg !… s’écria le brigadier général.

— J’ai encore douze heures d’avance. Je puis les consacrer à cela.

— Tiens ! Mais vous êtes un homme de cœur ! dit sir Francis Cromarty.

— Quelquefois, répondit simplement Phileas Fogg. Quand j’ai le temps. »

XIII

dans lequel passepartout prouve une fois de plus que la fortune sourit aux audacieux.

Le dessein était hardi, hérissé de difficultés, impraticable peut-être. Mr. Fogg allait risquer sa vie, ou tout au moins sa liberté, et par conséquent la réussite de ses projets, mais il n’hésita pas. Il trouva, d’ailleurs, dans sir Francis Cromarty, un auxiliaire décidé.

Quant à Passepartout, il était prêt, on pouvait disposer de lui. L’idée de son maître l’exaltait. Il sentait un cœur, une âme sous cette enveloppe de glace. Il se prenait à aimer Phileas Fogg.

Restait le guide. Quel parti prendrait-il dans l’affaire ? Ne serait-il pas porté pour les Indous ? À défaut de son concours, il fallait au moins s’assurer sa neutralité.

Sir Francis Cromarty lui posa franchement la question.