Page:Verne - Maître du monde, Hetzel, 1904.djvu/145

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XII. La crique de Black-Rock.


On sait combien la nature humaine est portée aux illusions. Certes, des chances existaient pour que l’appareil tant recherché ne fût plus à cette place… en admettant que ce fût lui dont Wells avait observé l’émersion dans l’après-midi du 27… Si quelque avarie survenue à son triple système de locomotion l’avait empêché de regagner par terre ou par eau sa retraite et obligé à relâcher au fond de la crique de Black-Rock, que devions-nous penser enfin, ne l’y voyant plus ?… C’est que, réparations faites, il s’était remis en route, c’est qu’il avait abandonné ces parages du lac Érié…

Eh bien, ces éventualités, si probables pourtant, nous n’avions pas voulu les admettre à mesure que cette journée s’avançait. Non ! nous ne doutions plus ni qu’il s’agissait bien de l’Épouvante, ni qu’elle ne fût mouillée au pied des roches, là où Wells avait pu constater sa présence…

Et alors, quel désappointement, je dirai même quel désespoir ! Toute notre campagne réduite à néant ! Si l’Épouvante naviguait encore sur ou sous les eaux du lac, la retrouver, la rejoindre, la capturer, c’était hors de notre pouvoir, et – pourquoi s’illusionner à cet égard ? – hors de tout pouvoir humain !

Nous restions là anéantis, Wells et moi, tandis que John Hart et Nab Walker, non moins dépités, se portaient sur divers points de la crique.