Page:Verne - Maître du monde, Hetzel, 1904.djvu/159

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XIII. À bord de l’Épouvante.


Lorsque je revins à moi, il faisait jour. Une demi-clarté traversait l’épais hublot de l’étroite cabine, où l’on m’avait déposé… Depuis combien d’heures, je n’aurais pu le dire. Mais il me semblait bien, à l’obliquité de ses rayons, que le soleil ne devait pas être très élevé au-dessus de l’horizon.

Un cadre me servait de lit, une couverture était étendue sur moi. Mes vêtements, pendus dans un coin, avaient été séchés. Ma ceinture, déchirée en partie par la patte du grappin, gisait sur le plancher.

Du reste, je ne me sentais aucune blessure. Un peu de courbature seulement. Si j’avais perdu connaissance, je me rendais bien compte que ce n’était pas par faiblesse. Comme ma tête plongeait parfois dans l’eau, lorsque l’amarre me traînait à la surface du lac, j’aurais été asphyxié, si l’on ne m’eût remonté à temps sur le pont.

Maintenant, étais-je seul avec le capitaine et ses deux hommes à bord de l’Épouvante  ?…

C’était probable pour ne pas dire certain. Toute la scène me revenait à l’esprit, – Hart, blessé d’une balle, tombant sur la grève, Wells essuyant un coup de revolver, Walker renversé sur le sol, à l’instant où le grappin s’accrochait à ma ceinture… Et, de leur côté, mes compagnons ne devaient-ils pas penser que j’eusse péri dans les eaux de l’Érié ?…