Page:Victor Brochard - Les Sceptiques grecs.djvu/191

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grec, et que, le premier parmi les modernes, il lui a rendu pleine justice.

£n morale aussi, Carnéade a aperçu avec beaucoup de finesse les points faibles du dogmatisme stoïcien. On ne voit pas trop ce qu’Antipater pouvait répondre à un dilemme comme celui-ci : ou vous regardez les avantages naturels comme des biens, et alors vous ne faites que répéter Platon et Aristote, et l’intention ou la vertu n’est plus le seul bien ; ou vous vous obstinez à dire que la vertu ou l’intention est le bien unique, et alors vous vous contredisez quand vous donnez un contenu à l’idée de vertu , quand vous dites que la vertu consiste à faire ce qui est conforme à la nature. Et la preuve qu’il avait raison, c’est «qu’An tipater a été obligé pour répondre à ses objections de modifier la théorie stoïcienne. On sait que la question de savoir si en morale l’intention ou la forme de l’action est la seule condition du bien, indépendamment de l’action elle-même^ divise encore aujourd’hui les philosophes.

N’avait-il pas raison encore quand il se moquait des étranges paradoxes des stoïciens? Se trouverait-il aujourd’hui quelqu’un pour soutenir que la douleur n’est pas un mal , que tous les vices et toutes les vertus sont égaux, que le sage possède toutes les qualités et qu’il est infaillible? Là encore il faut, qu’on le veuille ou non , être du parti de Carnéade.

Mais, dans tout l’enseignement de Carnéade, la partie maîtresse est la théorie de la connaissance. La plupart des historiens et des philosophes se prononcent en faveur des stoïciens : une sorte d’esprit de corps les porte à couvrir le dogmatisme, quel qu’il soit, contre les attaques du scepticisme ou de ce qu’on appelle de ce nom. Cependant combien y en a-t-il qui, regardant de près la thèse stoïcienne, oseraient la prendre à leur compte ? On peut bien être pour elle en présence de Carnéade ; on l’abandonnerait certainement si Carnéade n’était pas la. Cette théorie, en effet, est à peu près la même qui a été soutenue dans notre siècle par l’école écossaise. Elle prétend que nos sens perçoivent directement, sans aucun intermédiaire, la réalité telle