Page:Victor Brochard - Les Sceptiques grecs.djvu/66

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personne qui parie, une simple manière d’ètre[1] qui n’implique en aucune manière une réalité extérieure à cette personne et indépendante d’elle : c’est un simple phénomène, comme nous dirions aujourd’hui, purement subjectif.

Les disciples de Pyrrhon se donnaient le nom de zététiques[2], parce qu’ils cherchent toujours la vérité ; de sceptiques, parce qu’ils examinent toujours sans jamais trouver ; d'éphectiques, parce qu’ils suspendent toujours leur jugement ; d'aporétiques, parce qu’ils sont toujours incertains, n’ayant pas trouvé la vérité.

Il importe de remarquer que le doute sceptique ne porte pas sur les apparences ou phénomènes ([texte grec]) qui sont évidents, mais uniquement sur les choses obscures ou cachées ([texte grec]). Aucun sceptique ne doute de sa propre pensée[3], et le sceptique[4] avoue qu’il fait jour, qu’il vit, qu’il voit clair. Il ne conteste pas que tel objet lui paraisse blanc, que le miel lui paraisse doux. Mais l’objet est-il blanc ? le miel est-il doux ? Voilà ce qu’il ne sait pas. Il ignore tout ce qui n’apparaît pas aux sens ; il ne nie pas la vision ; mais il ne sait pas comment elle s’accomplit. Il sent que le feu brûle, mais il ignore s’il est dans sa nature de brûler.

Un homme est en mouvement ou il meurt ; le sceptique l'accorde. Comment cela se fait-il ? 11 ne sait. Si l’on dit qu’un tableau présente des reliefs, on exprime l’apparence ; si on dit qu’il n’a pas de relief, on ne se tient plus à l’apparence, on exprime autre chose. Il ne faut donc pas dire que le sceptique doute de tout en général ; il ne doute pas des phénomènes, mais

  1. Sext., P., I, 197 : [texte grec]
  2. Diog., IX, 70. — Sext, P., I, 7.
  3. Diog., IX, 77 : [texte grec]Ibid., 106.
  4. Diog., 103.