Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome10.djvu/285
A UNE DAME. J7î
J'aurai vu dans trois ans passer quarante hivers. Apollon présidait au jour qui m'a vu naître. Au sortir du Ijerceau j'ai bégayé des vers. Bientôt ce dieu puissant m'ouvrit son sanctuaire : Mon cœur, vaincu par lui, se rangea sous sa loi. D'autres ont fait des vers par le désir d'en faire ;
Je fus poëte malgré moi. Tous les goûts à la fois sont entrés dans mon âme ; Tout art a mon hommage, et tout plaisir m'enflamme j La peinture me charme : on me voit quelquefois Au palais de Philippe, ou dans celui des rois. Sous les efforts de l'art admirer la nature, Du brillant* Cagliari saisir l'esprit divin, Et dévorer des yeux la touche noble et sûre
De Raphaël et du Poussin. De ces appartements qu'anime la peinture, Sur les pas du plaisir je vole à l'Opéra ;
J'applaudis tout ce qui me touche,
La fertilité de Campra, La gaîté de Mouret, les grâces de Destouches-; Pélissier par son art, Le Maure par sa voix ^ Tour à tour ont mes vœux et suspendent mon choix. Quelquefois, embrassant la science hardie Que la curiosité Honora par vanité Du nom de philosophie. Je cours après Newton dans l'abîme des cieux ; Je veux voir si des nuits la courrière inégale,
��Charles fut seulement l'objet de mes travaux,
Henri Quatre fut mon héros,
Et tu seras mon héroïne. En te donnant mes vers je te veux avouer Ce que je suis, ce que je voudrais être; Te peindre ici mon âme, et te faire connaître
Celui que tu daignes louer. J'aurai vu, dans trois ans, etc.
1. Paul Véronèse. {Note de Voltaire, 1739.)
2. Musiciens agréables. {Id., 1748.)
3. Actrices de ce temps-là. {Id., 1748.) — On lisait dans la première édition
Pélissier par son art. Le Maure par sa voix,
L'agile Camargo, Salle l'enchanteresse,
Cette austère Salle faite pour la tendresse.
Tour à tour ont mes vœux et suspendent mon chois.
Camargo et Salle étaient alors des danseuses célèbres.
�� �