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242 CORRESPONDANCE.
casseries qu'on m'a faites ; mais une tragédie et une mauvaise santé sont des choses bien plus difficiles à raccommoder. Je souffre et je rime ; quelle vie! Encore si je rimais bien ; mais si vous saviez combien il m'en coûte actuellement pour polir ma p d'Argos, pour mettre chaque mot à sa place,
Et maie tornatos incudi reddere versus;
(HOR., de Art. poct., v. 411.)
VOUS plaindriez votre pauvre ami.
Mon Dieu! pourquoi faire des vers, et les faire mal? Voilà ce La Grange qui vient de donner Érigone. Il n'y a pas un vers pas- sable dans tout l'ouvrage ; il y en a cinq cents de ridicules. La pièce est le comble de l'extravagance, de l'absurdité, et de la pla- titude ; mais j'ai peur que le siècle n'en soit digne. Cependant ce n'est pas trop à moi à dire du mal du siècle, qai traite assez favorablement Charles XII. Un auteur qui fait des vers comme La Grange, mais qui vaut assurément bien mieux, est actuelle- ment fort malade : c'est ce pauvre Lamotte^ Je suis à peu près dans le même cas ; j'ai un reste de fièvre. Adieu : quand on est malade, il faut s'en tenir au proverbe : Des lettres courtes et de longues amitiés.
Je vous aime tendrement pour toute ma vie. 31ille amitiés à Forment.
236. — A M. THIERIOT 2,
Je viendrai dîner mort ou vif, mon cher Thieriot. Ma mau- vaise santé ne m'ôte rien de ma sensibilité pour les bontés de M""^ de Fontaine-Martel et pour votre amitié. Ceci est une adop- tion, et le comble de mon bonheur est de me voir adopté avec vous. Présentez donc mes très-humbles respects et ma tendre reconnaissance à la déesse hospitalière, qu^ nobis hœc otia fecit. On appelait M™*= de Fiesque la bonne Comtesse; ce titre irait bien mieux à M"« de Fontaine-Martel ; pour vous, celui d'ami est tout consacré.
237. — A M. DE FORMOAT.
Paris, 26 décembre.
J'ai reçu votre lettre par les mains de Thieriot ; mais je ne sais pas pourquoi il n'a pas jugé à propos de me faire voir M. l'abbé
1. Houdard de Lamotto mourut à Paris, rue Guénégaud, le 20 déccnbrel731 vers sept heures du matin.
2. Éditeurs, de Cayrol et François.
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