Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome6.djvu/562

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502 LES GUÈBRES.

LE VIEIL AliZÉMON.

Seigneurs, écoutez-moi… Il vous souvient des jours de carnage et d’effroi, Où de votre empereur l’impitoyable armée Fit périr les Persans dans Émesse enflammée.

IRADAN.

S’il m’en souvient, grands dieux !

CÉSÈNE.

Oui ; nos fatales mains N’accomplirent que trop ces ordres inhumains.

IRADAN.

Émesse fut détruite, et j’en frémis encore. Servais-tu parmi nous ?

LE VIEIL ARZÉMON,

Non, seigneur, et j’abhorre Ce mercenaire usage, et ces hommes cruels Gagés pour se baigner dans le sang des mortels. Dans d’utiles travaux coulant ma vie obscure. Je n’ai point par le meurtre offensé la nature. Je naquis vers Émesse, et, depuis soixante ans, Mes innocentes mains ont cultivé mes champs. Je sais qu’en cette ville un hymen bien funeste Vous engagea tous deux.

CÉSÈNE.

sort que je déteste ! De nos malheurs secrets qui t’a si bien instruit ?

LE VIEIL ARZÉMON.

Je les sais mieux que vous ; ils m’ont ici conduit. A’ous aviez deux enfants dans Émesse embrasée : La mère de l’un deux y périt écrasée : Et l’autre sut tromper, par un heureux effort, Le glaive des Romains, et la flamme, et la mort.

CÉSÈNE.

Et qui des deux vivait ?

IRADAN.

Et qui des deux respire ?

LE VIEIL ARZÉMON,

Hélas ! vous saurez tout : je dois d’abord vous dire Qu’arrachant ces enfants au glaive meurtrier Cette mère échappa par un obscur sentier ; Qu’ayant des deux États parcouru la frontière. Le sort la conduisit sous mon humble chaumière.