Page:Wilde - Le Crime de Lord Arthur Savile, trad. Savine, 1905.djvu/48

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Il avait un souvenir vague d’avoir erré à travers un labyrinthe de maisons sordides, de s’être perdu dans un gigantesque fouillis de rues sombres et l’aurore commençait à poindre quand enfin il reconnut qu’il était dans Picadilly-Circus.

Comme il suivait Belgrave-Square, il rencontra les grandes voitures de roulage qui se rendaient à Covent-Garden.

Les charretiers en blouse blanche, aux agréables figures bronzées par le soleil, aux incultes cheveux bouclés, allongeaient vigoureusement le pas, faisant claquer leur fouet et s’interpellant tantôt les uns tantôt les autres.

Sur le dos d’un énorme cheval gris, le chef de file d’un attelage, était huché un garçon joufflu, un bouquet de primevères à son chapeau rabattu, s’accrochant d’une poigne ferme à la crinière et riant aux éclats.

Dans la clarté matinale, les grands tas de légumes se détachaient comme des blocs de jade verts sur les pétales roses de quelque rose merveilleuse.

Lord Arthur éprouva un sentiment de