Page:Wilde - Le Crime de Lord Arthur Savile, trad. Savine, 1905.djvu/57

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été tel, il eût hésité comme Hamlet et permis que l’irrésolution ruinât son dessein. Mais il était essentiellement pratique. Pour lui, la vie c’était l’action, plutôt que la pensée.

Il possédait ce don rare entre tous, le sens commun.

Les sensations cruelles et violentes de la soirée de la veille s’étaient maintenant tout à fait effacées et c’était presque avec un sentiment de honte qu’il songeait à sa marche folle, de rue en rue, à sa terrible agonie émotionnelle.

La sincérité même de ses souffrances les faisait maintenant passer à ses yeux pour inexistantes.

Il se demandait comment il avait pu être assez fou pour déclamer et extravaguer contre l’inévitable.

La seule question, qui paraissait le troubler, était comment il viendrait à bout de sa tâche, car il n’avait pas les yeux fermés à ce fait que le meurtre, comme les religions du monde païen, exige une victime, aussi bien qu’un prêtre.