Page:Zola - Vérité.djvu/39

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le département, grâce à des circonstances heureuses. Et ce qui se passait à Maillebois n’achevait-il pas le tableau ? cette Mlle Rouzaire, acquise aux prêtres et aux moines, prenant sur les heures des leçons pour conduire ses élèves à l’église, remplissant si bien le rôle abêtissant des bonnes sœurs, que la congrégation avait jugé inutile d’installer à Maillebois une école pour les filles ! et ce pauvre Simon, qui certes était un honnête homme, mais qui, par crainte qu’on ne le traitât de sale juif, ménageait tout le monde, laissait aller son neveu à l’école des chers frères, saluait très bas la cléricale dont le pays était empoisonné !

— Un sale juif, conclut Férou violemment, il n’est et il ne sera jamais qu’un sale juif ! Instituteur et juif, c’est le comble !… Vous verrez, vous verrez !

Et il se perdit dans la foule, avec des gestes impétueux qui secouaient tout son grand corps dégingandé.

Marc était resté au bord du trottoir, haussant les épaules, le trouvant à demi fou ; car, vraiment, le tableau lui paraissait d’une grande exagération. À quoi bon répondre à ce pauvre homme dont la malchance finirait par détraquer la cervelle ? Et il reprit sa route vers la place des Capucins, hanté pourtant de tout ce qu’il venait d’entendre, pris sourdement d’inquiétude.

Il était midi un quart, lorsque Marc revint à la petite maison de la place des Capucins. Et, depuis un quart d’heure, ces dames et Geneviève l’attendaient dans la salle à manger, devant la table servie. Ce nouveau retard avait jeté Mme Duparque hors d’elle. Elle ne parla pas, mais la façon brusque dont elle s’assit, en dépliant nerveusement sa serviette, disait combien ce peu d’exactitude lui semblait coupable.

— Je vous demande pardon, expliqua le jeune homme, j’ai dû attendre les magistrats, et il y a un tel monde sur la place., que je ne pouvais plus passer.

Malgré sa volonté