Page:Zola - Vérité.djvu/55

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ait tué ce petit ange, presque au sortir de la sainte Table, lorsque le bon Dieu habitait encore en lui.

Le cœur serré, Marc écoutait la servante avec stupéfaction.

— Que voulez-vous dire ? est-ce qu’on accuse Simon d’avoir tué son neveu ?

— Dame ! il y en a qui ne se gênent pas pour le croire… Ça semble louche, cet homme qui s’en va faire la fête à Beaumont, qui manque le train de dix heures et demie et qui revient à pied. Il est rentré à minuit moins vingt, dit-il. Mais personne ne l’a vu, il peut très bien être rentré par le chemin de fer, une heure plus tôt, juste au moment où le crime a été commis. Alors, le coup fait, il lui a suffi de souffler la bougie et de laisser la fenêtre grande ouverte, pour faire croire que l’assassin était venu de dehors… Mlle Rouzaire, l’institutrice, vers onze heures moins un quart, a parfaitement entendu des bruits de pas dans l’école, des plaintes et des cris, des portes qu’on ouvrait et qu’on fermait.

— Comment, Mlle Rouzaire ! s’écria Marc. Elle n’a pas soufflé un mot de cela dans sa première déposition. J’étais présent.

— Je vous demande pardon, monsieur. Tout à l’heure, chez le boucher, Mlle Rouzaire le racontait à tout un chacun, et je l’ai entendue.

Effaré, le jeune homme la laissa poursuivre.

— L’adjoint, M. Mignot, dit bien lui aussi sa surprise du gros sommeil du maître d’école, le matin ; et ça paraît extraordinaire, en effet, un homme qu’on est obligé d’aller réveiller, le jour où l’on assassine dans sa maison. Sans compter, parait-il, qu’il n’a pas été touché du tout et qu’il a regardé le petit cadavre en tremblant comme la feuille.

De nouveau, il voulut protester. Mais elle continuait d’un air mauvais et têtu :