Page:Zola - Vérité.djvu/6

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de plomb. Et ces dames, levées dès six heures, pour assister à la messe de sept heures, se trouvaient déjà dans la petite salle à manger du rez-de-chaussée, attendant le jeune ménage, qui ne se hâtait point de descendre.

Les quatre tasses étaient sur la toile cirée blanche, et Pélagie entra, la cafetière à la main. Petite, rousse, avec un grand nez et des lèvres minces, depuis vingt ans au service de Mme Duparque, elle avait la parole libre.

— Ah bien ! dit-elle, le café va être froid, et ce ne sera pas ma faute.

Quand elle fut retournée dans sa cuisine, en mâchant de sourds reproches, Mme Duparque elle-même témoigna son mécontentement.

— C’est insupportable, on dirait que Marc s’amuse à nous faire manquer la messe, quand il est ici.

Mais Mme Berthereau, indulgente, risqua doucement une excuse.

— L’orage les aura empêchés de dormir, et je viens de les entendre qui se dépêchaient, au-dessus de ma tête.

Âgée de soixante-trois ans, très grande, très noire encore de cheveux, le visage froid, coupé de profondes rides symétriques, avec des yeux de sévérité et un nez de domination, Mme Duparque avait longtemps tenu un magasin de nouveautés, À l’Ange Gardien, sur la place Saint-Maxence, en face de la cathédrale de Beaumont. Et c’était après la mort brusque de son mari, causée, disait-on, par l’effondrement d’une banque catholique, qu’elle avait eu la sagesse de liquider et de se retirer, avec une rente d’environ six mille francs, à Maillebois, où elle possédait une petite maison. Il y avait bientôt douze ans de cela, et sa fille, Mme Berthereau, était venue l’y rejoindre, veuve elle aussi, amenant sa fillette Geneviève, qui entrait dans sa onzième année.