Page:Zola - Vérité.djvu/62

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tant d’imbéciles et de méchants. On fait courir le bruit que la police a découvert chez toi des preuves accablantes, des exemplaires du modèle d’écriture, signés du même paraphe ; et Mignot s’étonnerait du profond sommeil où il t’a trouvé le matin ; et Mlle Rouzaire se rappellerait maintenant que, vers onze heures moins un quart, elle a entendu des voix et des pas, comme si quelqu’un rentrait ici.

L’instituteur, très pâle, mais très calme, se mit à sourire, en haussant les épaules.

— Ah ! c’est donc ça, on en est à me soupçonner, je comprends la figure des gens qui passent et qui lèvent la tête, depuis ce matin !… Mignot, un brave garçon au fond, dira comme tout le monde, par crainte de se compromettre avec le juif que je suis. Et, quant à Mlle Rouzaire, elle me sacrifiera dix fois, si son confesseur le lui a soufflé et si elle trouve à ce bel acte un bénéfice quelconque d’avancement ou de simple considération… Ah ! l’on me soupçonne, et voilà toute la meute cléricale lancée !

Il riait presque. Mais Rachel, dans son indolence habituelle, que son gros chagrin semblait accroître, venait de se lever brusquement, son beau visage enflammé d’une douloureuse révolte.

— Toi ! toi ! te soupçonner d’une ignominie pareille, toi qui es rentré hier, si bon, si doux, qui m’as tenue dans tes bras, avec de si tendres paroles ! C’est de la folie furieuse. Est-ce qu’il ne suffit pas que je dise la vérité, l’heure où tu es revenu, la nuit que nous avons passée ensemble ?

Et elle se jeta à son cou, pleurante, reprise de sa faiblesse de femme caressée, adorée. Déjà, il la serrait sur son cœur, la rassurait, la calmait.

— Ne t’inquiète donc pas, chérie ! C’est stupide, ces histoires, ça ne tient pas debout. Va, je suis bien tranquille, on