Page:Zola - Vérité.djvu/70

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Marc, et je viens de la part de l’instituteur, mon camarade Simon, pour un renseignement… Mais je vois que vous n’êtes guère l’ami des juifs.

Doloir continua de rire.

— C’est vrai, M. Simon est juif, mais tout de même, jusqu’ici, je l’ai cru un brave homme… De quel renseignement s’agit-il, monsieur ?

Et, lorsqu’il sut qu’il s’agissait uniquement de montrer aux petits un modèle d’écriture pour savoir s’ils s’en étaient servis, en classe, il s’écria :

— Rien de plus aisé, monsieur, si cela vous rend service… Montez un instant avec moi, les enfants doivent être là-haut.

Ce fut Mme Doloir qui vint ouvrir. Petite, brune et robuste, de physionomie sérieuse et volontaire, elle avait le front bas, les yeux francs, la mâchoire carrée. À vingt-neuf ans à peine, elle était déjà mère de trois enfants, et elle en portait un quatrième, dans un état de grossesse très avancé, qui ne l’empêchait pas de se lever la première et de se coucher la dernière, toujours en nettoyages, très travailleuse et très économe. Elle avait quitté son atelier de couture à ses troisièmes couches, elle ne s’occupait plus que de son ménage, mais en femme qui gagnait bien son pain.

— C’est monsieur qui est un ami du maître d’école et qui a besoin de parler aux enfants, expliqua Doloir.

Marc entra dans une petite pièce, une salle à manger très propre. La cuisine était à gauche, grande ouverte. Puis, en face, se trouvaient la chambre des parents et celle des enfants.

— Auguste ! Charles ! appela le père.

Auguste et Charles accoururent, l’un âgé de huit ans, l’autre de six, suivis de leur petite sœur Lucile, qui en avait quatre. C’étaient de beaux et gros enfants où se fondaient les ressemblances du père et de la mère, le cadet plus petit et