Page:Zola - Vérité.djvu/75

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l’air d’un petit vieux, accablé de maux et mal tenu.

— Ma femme me dit, monsieur, que vous venez pour cette abominable histoire, où le maître d’école Simon va être compromis, à ce qu’on raconte, et mon premier mouvement a été de ne pas vous recevoir, je l’avoue…

Mais il s’interrompit. Il venait d’apercevoir, sur la table, les fleurs en perles que sa femme fabriquait près de lui, les portes closes, pendant qu’il lisait Le Petit Beaumontais. Il lui lança un terrible regard, qu’elle comprit ; et elle se hâta de couvrir son travail du journal, négligemment jeté.

— Et, monsieur, reprit-il, ne croyez pas à de la réaction de ma part. Je suis républicain, républicain très avancé même, et je ne le cache pas, mes chefs le savent bien. Quand on sert la République, n’est-ce pas ? être républicain devrait être la simple honnêteté. Enfin, je suis avec le gouvernement en tout et pour tout.

Forcé d’écouter poliment, Marc se contentait d’approuver de la tête.

— Sur la question religieuse, ma pensée est bien simple les curés doivent rester chez eux. Je suis anticlérical, comme je suis républicain… Mais je l’ajoute bien vite, il doit y avoir, selon moi, une religion pour les enfants et pour les femmes, et tant que la religion catholique sera celle du pays, eh bien, mon Dieu ! autant celle-là qu’une autre… Ainsi, ma femme que vous voyez, je lui ai fait comprendre qu’il était convenable et nécessaire pour une femme de son âge, dans sa situation, de pratiquer, d’avoir ainsi aux yeux du monde une règle et une morale. Elle va chez les capucins.

Mme Savin devint gênée, la face rose, les yeux à terre. Cette question de la pratique religieuse avait longtemps été le gros sujet de querelle dans le ménage. Elle y répugnait de toute sa délicatesse charmante, de tout