Page:Zola - Vérité.djvu/84

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auparavant l’opinion de tout Maillebois. Je l’avais aperçu ce matin avec le père Crabot, puis avec Mlle Rouzaire. Et voilà que, pendant mes courses de cette après-midi, je crois bien l’avoir de nouveau rencontré, à deux reprises, comme il se glissait furtivement dans la ruelle des Capucins et comme il se rendait ensuite chez le maire… Il fait son enquête, pour ne pas avoir le regret de n’être pas avec les plus forts.

Simon, d’un tel calme jusque-là, eut un mouvement d’inquiétude, car il avait gardé timidement le respect et la crainte de ses supérieurs. Dans toute cette catastrophe, son seul souci était le gros scandale possible, qui pouvait lui coûter sa place, ou du moins le faire mal noter. Et il allait confesser cette appréhension, lorsque, justement, Mauraisin se présenta, d’un air froid et soucieux. Enfin, il se risquait.

— Oui, monsieur Simon, je suis accouru, à cause de cette horrible histoire. Je suis désespéré, pour l’école, pour vous tous et pour nous-mêmes. C’est très grave, très grave, très grave.

Et, dans sa petite taille, l’inspecteur primaire se redressait, en laissant tomber les mots avec une sévérité croissante. Il avait donné une poignée de main sèche à Marc, qu’il savait très aimé de son supérieur, l’inspecteur d’académie Le Barazer. Mais il le regardait de biais, à travers son éternel binocle, comme pour l’inviter à se retirer. Marc ne put rester davantage très ennuyé de laisser Simon, qu’il voyait pâlir devant cet homme dont il dépendait, lui qui montrait tant de courage depuis le matin. Et il finit par rentrer chez lui, sous cette mauvaise impression nouvelle, la défaveur de ce Mauraisin, dans lequel il flairait un traître.

La soirée fut paisible chez ces dames. Ni Mme Duparque, ni Mme Berthereau ne reparlèrent du crime, et la petite maison se rendormait dans sa paix morte,