À Alfred Brun

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L’Année canadienne
Les Fleurs de Givre (p. 45-46).


 
Tu n’as jamais sondé des yeux l’immensité
De nos bois giboyeux, de nos fertiles plaines ;
Notre fier Saint-Laurent n’a jamais reflété
Ta voile dans les plis de son grand flot bleuté.
Et tu t’épris pourtant des plages canadiennes.

Tu chéris le passé qu’avec tant de succès
Crémazie évoqua sur sa lyre attendrie.
Notre histoire, là-bas, t’enflamme, car tu sais
Que tes nobles aïeux ont de leur sang français
Fécondé pour toujours le sol de ma patrie.

 

Mais je crains bien d’avoir espéré vainement
Étreindre sous mon ciel ta main chaude et loyale.
Aussi, pour te montrer, malgré l’éloignement,
Ce ciel tout à la fois rigoureux et clément,
J’ai dessiné les mois de la terre natale.

Mais il m’aurait fallu les crayons immortels
Échappés à la main d’un Virgile ou d’un Dante.
Je rêve, malgré tout, qu’aux vieux champs paternels.
Tu croiras reconnaître en mes humbles pastels
Un petit coin fleuri des bords de la Charente.