À Alfred des Essarts - lundi 30 août 1869

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Les Lecques
par Saint-Cyr (Var)
lundi 30 août 1869.



Bien cher Monsieur,

Emmanuel qui n'oublie pas les absents, quand il peut leur faire partager une joie, m'annonce que l'attente de ceux qui vous aiment n'est pas déçue cette année.

Pour que votre satisfaction soit intime et vive, à nous dont les œuvres préfèrent trouver une récompense en elles-mêmes, comme notre travail la sienne en sa jouissance, il faut que la distinction [1] qui vous est attribuée corresponde à un mérite plus spécial, et reconnu.

Certes, le talent et tant de rares productions demeurant à part, n'était-elle pas due à l'homme de lettres infatigable qui a lutté, sans défaillances, pendant toute une vie contre les peines du plus noble et du plus mauvais métier ?

C'est donc votre bonne main loyale d'homme que je presse aujourd'hui, ému de la justice faite enfin à une vie entière. Permettez que ma place ne soit pas la plus humble à cette famille de famille.

Mes félicitations à Madame des Essarts avec mes hommages, et toute ma sympathie à vos chers enfants.

Votre bien dévoué.


STÉPHANE MALLARMÉ.



  1. Alfred des Essarts venait d'obtenir la Légion d'honneur