Œuvres complètes de Béranger/À Antoine Arnault

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
H. Fournier (1pp. 178-180).


À ANTOINE ARNAULT

MEMBRE DE L’INSTITUT
LE JOUR DE SA FÊTE
ANNÉE 1812
Air du ballet des Pierrots (Air noté )


    Je viens d’ Montmartre avec ma bête
    Pour fêter ce maître malin,
    Et n’ crains point qu’au milieu d’ la fête
    Un bon mot m’ renvoie au moulin.
    On dit qu’avec plus d’un génie
    Antoin’ prend plaisir à cela.
    Nous qui n’ somm’s pas d’ l’académie,
Souhaitons-lui d’ ces p’tits plaisirs-là.

    Il n’ s’en tient pas à des saillies ;
    Dans plus d’un genre il est heureux.
    J’ sais mêm’ qu’il fait des tragédies
    Quand il n’est pas trop paresseux [1].
    De la Merpomène idolâtre,

    Qu’il fass’ mourir par-ci par-là.
    Nous qui n’somm’s pas d’z héros d’théâtre,
Souhaitons-lui d’ ces p’tits plaisirs-là.

    On m’assur’ qu’il vient d’ faire un livre
    Où c’ qu’y a du bon, je l’ crois bien.
    C’ docteur-là nous enseigne à vivre
    Par la bouch’ d’un arbre ou d’un chien.
    À messieurs les polichinelles [2]
    Il dit : Vous en voulez, en v’là.
    Nous, qui n’ tenons pas les ficelles,
Souhaitons-lui d’ ces p’tits plaisirs-là.

    À la cour il s’ moqu’rait, je l’ gage,
    Mêm’ de messieurs les chambellans.
    De c’ pays n’ayant point l’ langage,
    Il vant’ la paix aux conquérants.
    À d’ grands seigneurs qui n’ sont pas minces,
    Sans ramper, toujours il parla.
    Nous, qu’on n’a pas encor faits princes,
Souhaitons-lui d’ ces p’tits plaisirs-là.

    Mais, quoiqu’ malin, z’il est bon homme ;
    D’mandez à sa fille, à ses fils.
    Ah ! qu’il soit toujours aimé comme
    Il aime ses nombreux amis !

    Que l’secret d’son bonheur suprême
    Reste à c’te gross’ maman que v’là.
    Nous qui sommes d’ ceux qu’Antoine aime,
Souhaitons-lui d’ ces vrais plaisirs-là.


Nota. on trouvera peut-être que cette chanson, comme beaucoup d’autres des miennes, était peu digne de voir le jour. En effet, je ne la livre à l’impression que parce qu’elle m’offre l’occasion de payer un tribut d’éloges à l’un de nos littérateurs les plus distingués. Je regrette qu’elle ne soit pas meilleure, et surtout que le ton qui y règne ne m’ait pas permis d’y faire entrer l’expression de ma reconnaissance particulière pour l’homme excellent dont l’amitié me fut si longtemps utile, et me sera toujours précieuse. (1815.)



Air noté dans Musique des chansons de Béranger :


À ANTOINE ARNAULT.

Air du ballet des Pierrots.
No 70



\relative c'' {
  \time 6/8
  \key g \major
  \tempo "Allegro."
  \autoBeamOff
  \set Score.tempoHideNote = ##t
    \tempo 4 = 120
  \set Staff.midiInstrument = #"piccolo"
% {page précédente}
r4 g8 b4 c8 | d4 b8 a4 c8 | b a g b4 cis8
% {page actuelle}
d4 g,8 fis4 e8 | d4 g8 b4 c8 | d4 b8 a4 c8
b a g b4 cis8 | d4 g,8 fis4 e8 | d4 \bar "||" a'8 b4 c8
b4 a8 b4 c8 | b4 a8 c4 b8 | a[ (b)] g fis4 g8
a4 a8 b4 c8 | b4 a8 b4 c8 | b b a c4 b8
a fis g b4 a8 | g4 r8 r4 r8 \bar "||"
}

\addlyrics {
Je viens d’Mont -- mar -- "tre a" -- vec ma bê -- te
Pour fê -- ter ce maî -- tre ma -- lin
Et n’crains point qu’au mi -- lieu d’la fê -- te
Un bon mot m’ren -- voie au mou -- lin
On dit qu’a -- vec plus d’un gé -- nie
An -- toin’ prend plai -- sir à ce -- la
Nous qui n’somm’s pas d’l’a -- ca -- dé -- mi -- e
Sou -- hai -- tons- lui d’ces p’tits plai -- sirs- là.
}

Haut

  1. Je crois inutile de rappeler ici les succès dramatiques de l’auteur de Marius, des Vénitiens, etc.
  2. Polichinelle est le héros d’une des plus jolies fables du recueil de M. Arnault, recueil apprécié par tous les gens de goût, et dont la réputation ne peut qu’aller en augmentant.